
Suzanne est dans la cinquantaine. Elle s’entraîne sérieusement, mange ses 30 variétés de plantes par semaine et dort ses 9 heures par nuit, toutes les nuits. Pas de bouffées de chaleur. Pas de sautes d’humeur. Rien qui, à première vue, ferait penser à la ménopause. Sa seule plainte, quand elle en a finalement parlé à son médecin : elle avait soif tout le temps, le genre de soif où on ne lâche pas la bouteille d’eau, comme si sa bouche était pleine de ouate.
Le premier réflexe, le sien comme celui de son médecin, a été de penser à la glycémie. Elle l’a vérifiée elle-même, plus d’une fois, par entêtement, et tout était normal. Il s’est avéré qu’il s’agissait de la périménopause, l’une de ses manifestations les moins connues. Pas besoin de bouffées de chaleur.
La sécheresse (celle des yeux, de la bouche, de la peau et de la région vaginale) est un signal fréquent de la transition vers la ménopause, et elle ne s’accompagne pas toujours des symptômes auxquels on s’attend. Elle se manifeste rarement à un seul endroit à la fois. Elle peut toucher vos yeux, votre bouche, votre peau et vos tissus vaginaux, parfois tous en même temps, parce que le même changement hormonal peut être à l’origine de chacun d’eux. Comprendre ce lien, c’est la première étape pour s’attaquer à la vraie cause plutôt que de gérer chaque symptôme comme s’il n’avait rien à voir avec les autres.
Voici ce que la recherche dit sur ce qui se passe dans votre corps, et ce qui peut vous aider.
Pourquoi la ménopause assèche tout le corps
Les estrogènes ne font pas que réguler votre cycle. Leurs récepteurs se trouvent dans des tissus partout dans votre corps, y compris vos glandes lacrymales, vos glandes salivaires, la surface de vos yeux, votre peau et vos tissus vaginaux.1,2 Ce sont des tissus qui dépendent des estrogènes pour bien fonctionner et en ressentent forcément les effets quand ceux-ci diminuent.
Ça vaut la peine de s’y arrêter, parce que ça remet en perspective une série de symptômes qui semblent, à première vue, n’avoir aucun lien entre eux. Votre corps n’est pas en train de changer de façon différente en même temps. Il réagit, de façon prévisible, dans chaque tissu conçu pour répondre à cette hormone.
Selon la Dre Ariane Ouellet-Decoste, directrice médicale chez Coral, ça peut aussi commencer plus tôt qu’on pense. Les estrogènes continuent de fluctuer quotidiennement en périménopause, mais votre exposition moyenne sur un mois baisse progressivement jusqu’à l’arrêt des règles, ce qui explique souvent pourquoi les premiers signes de sécheresse peuvent apparaître bien avant les bouffées de chaleur.
Une distinction importante avant d’aller plus loin, surtout avec toute l’information qui circule en ce moment sur les hormones comme étant la cause d’à peu près à tout dès la quarantaine. Les changements hormonaux durant la périménopause peuvent être la cause réelle des yeux secs, de la peau sèche et des démangeaisons, mais il faut aussi évaluer les autres causes possibles, comme des allergies, l’eczéma ou certaines chirurgies oculaires. La sécheresse buccale a une cause spécifique qui mérite d’être écartée : les variations de glycémie. Il n’est pas toujours facile de déterminer par soi-même quelle est la cause de vos symptômes, et il vaut mieux s’adresser à un professionnel de santé, qui pourra écarter les autres causes. C’est également pour cette raison que l’hormonothérapie ne constitue pas une solution garantie pour tous les symptômes de cette liste. Elle peut réellement vous aider, mais son efficacité dépendra de la cause réelle de votre sécheresse buccale.
Les yeux secs en ménopause : symptômes et causes
Si vos yeux ont commencé à piquer, comme s’il y avait du sable sous la paupière, avec plus de brûlements, une vision embrouillée ou une sensibilité à la lumière plus grande qu’avant, c’est ce qu’on appelle la sécheresse oculaire. C’est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, à tout âge, et l’écart s’élargit avec la quarantaine : une étude évalue le taux à environ 15 % chez les femmes de plus de 50 ans, contre 7 % chez les hommes du même âge.3
Les androgènes (un groupe d’hormones qui inclut la testostérone) pourraient jouer un rôle tout aussi important ici. Ils soutiennent les glandes qui produisent la couche huileuse de vos larmes et aident à calmer l’inflammation à la surface de l’œil. La diminution des ces hormones peut donc faire en sorte que l’inflammation ne diminue plus aussi rapidement. Le rôle des estrogènes est moins clair, et le traitement hormonal, à lui seul, n’est pas une solution fiable pour la sécheresse oculaire.4 Ça vaut la peine d’en discuter avec un médecin plutôt que de présumer que plus d’estrogènes réglera le problème.
Une chose vraiment utile et un peu ironique à savoir, selon la Dre Ouellet-Decoste : les yeux secs n’entraînent pas juste de la sécheresse. Ils peuvent aussi causer plus de larmoiement. Si vos yeux se mettent soudainement à couler dans des situations qui ne vous dérangeaient pas avant, comme une sortie à vélo par un jour de vent ou une journée froide, ce surplus de larmes, c’est parfois vos yeux qui compensent parce qu’ils sont trop secs.
Et comme mentionné plus haut, les yeux secs dans la quarantaine et la cinquantaine peuvent aussi venir des allergies, du temps passé devant un écran, ou d’une chirurgie comme le LASIK. La ménopause peut aggraver une tendance déjà présente aux yeux secs, même quand elle n’en est pas l’unique cause. Si vos symptômes sont nouveaux, persistants, ou qu’ils empirent, ça vaut la peine de mentionner le moment où ils sont apparus à votre professionnel de la santé. Ce n’est pas tout le monde qui pense à poser la question.
La bouche sèche en ménopause : qu’est-ce qui se passe
Une bouche continuellement sèche (ce qu’on appelle la xérostomie, un mot qui veut simplement dire bouche sèche) devient plus fréquente plus le temps passe depuis le début de votre ménopause. Une étude souvent citée a trouvé que les cas de sécheresse buccale rapportés augmentent de façon constante avec le temps : environ 18 % des femmes avant la ménopause, 23 % dans les cinq ans suivants, et près de 35 % dix ans ou plus après la ménopause.5 Vos glandes salivaires, apparemment, tiennent un calendrier étonnamment précis.
La recherche sur les causes de ce phénomène est encore jeune, mais quelques études pointent vers de vrais changements physiques dans les glandes salivaires elles-mêmes à mesure que les œstrogènes diminuent, pas juste une baisse de stimulation pour produire de la salive. Deux études en laboratoire distinctes (une chez la souris, une chez le rat, toutes deux avec des échantillons de tissus humains en parallèle) ont trouvé des signes d’un type précis de dommage cellulaire, causé par une accumulation de fer, dans le tissu des glandes salivaires après une baisse d’estrogènes.6,7 C’est de la recherche à un stade précoce, faite sur des animaux, donc à considérer comme une explication prometteuse plutôt qu’un fait établi, mais ça aide à comprendre pourquoi la bouche sèche en ménopause, ce n’est pas juste « moins de salive ». C’est un vrai changement dans la glande elle-même.
La salive change aussi dans sa composition, pas seulement dans sa quantité. La salive post-ménopause tend à contenir plus de calcium, ce qui peut accélérer la formation de plaque dentaire. Elle contient aussi moins d’une protéine antimicrobienne protectrice, ce qui peut rendre votre bouche plus vulnérable aux infections.8 Cette combinaison pourrait expliquer pourquoi la bouche sèche en ménopause s’accompagne souvent d’un ensemble de problèmes liés : plus de caries, plus de sensibilité des gencives, et un symptôme précis, moins connu, appelé le syndrome de la bouche brûlante, beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez les hommes et qui a tendance à apparaître quelques années après le début de la transition vers la ménopause.9
Une note clinique de la Dre Ouellet-Decoste, parce que ça peut vous éviter un faux pas : une bouche continuellement sèche est aussi un signe classique d’un taux de sucre élevé, incluant le prédiabète et la résistance à l’insuline, surtout si ça va et vient ou que c’est pire après un repas riche en glucides. C’est une bonne chose à écarter, surtout si la bouche sèche est un symptôme nouveau et isolé, sans les autres signes typiques de la ménopause.
Très occasionnellement, un profil semblable (une bouche sèche accompagnée d’une sécheresse oculaire) peut pointer vers une maladie auto-immune distincte, le syndrome de Sjögren, plutôt que vers la ménopause. C’est rare, mais si ça ressemble à vos symptômes, ça vaut la peine d’en parler à votre professionnel de la santé pour l’écarter.
La sécheresse vaginale : le symptôme de sécheresse le plus fréquent
La sécheresse vaginale est probablement le symptôme de cette liste dont vous avez déjà entendu parler. C’est aussi très fréquent : les estimations varient selon la façon de les mesurer, mais elles montrent toutes une hausse marquée après la ménopause par rapport à avant.10
Le mécanisme, c’est la même histoire que le reste de cet article, juste dans un autre tissu : quand les estrogènes diminuent, la circulation sanguine ralentit, la paroi vaginale s’amincit, et la lubrification naturelle diminue. Contrairement aux bouffées de chaleur, qui ont tendance à s’atténuer avec le temps, ce symptôme reste stable ou empire s’il n’est pas traité, et il répond très bien au traitement hormonal de la ménopause (THM).
Nous allons plus en profondeur, incluant les traitements que la recherche appuie, dans notre article dédié à la sécheresse vaginale en ménopause. Si c’est votre principale préoccupation, c’est le meilleur point de départ.
La peau et les démangeaisons : quand la sécheresse se voit à la surface
Le collagène, la protéine qui garde la peau ferme, chute rapidement autour de la ménopause, et la recherche pointe systématiquement vers un déclin marqué dès le début, suivi d’une baisse plus lente au cours de la décennie suivante.11 Ce changement se reflète dans la façon dont les femmes décrivent leur peau pendant cette transition : une revue systématique a trouvé que la sécheresse et les démangeaisons figuraient parmi les changements cutanés les plus souvent rapportés en ménopause, une cohorte ayant même rapporté de la sécheresse chez jusqu’à 78 % des femmes post ménopausées.12
Derrière tout ça se cache une histoire d’hydratation. La production naturelle d’huile de la peau diminue plus tard en ménopause, ce qui laisse échapper plus d’humidité, et les œstrogènes aident aussi la peau à retenir sa propre eau. Quand les estrogènes diminuent, cette réserve intégrée diminue aussi, ce qui explique en partie pourquoi la peau peut sembler plus sèche et, pour certaines femmes, plus sujette aux démangeaisons pendant cette période.
On a couvert le mécanisme au complet, et ce qui aide l’amélioration de l’apparence de la peau et les démangeaisons, dans notre article dédié à la ménopause et aux changements cutanés.
Stratégies alimentaires et d’hydratation pour combattre la sécheresse
C’est le domaine où les preuves scientifiques sont les plus minces, et ça vaut la peine d’être honnête là-dessus plutôt que de vendre une liste d’aliments comme solution miracle. Quelques habitudes sont raisonnablement bien appuyées comme étant sensées et à faible risque, même si elles ne régleront pas une sécheresse importante à elles seules.
Hydratation et humidité
Boire assez d’eau, c’est simple, mais vraiment utile pour un corps qui gère déjà la sécheresse sur plusieurs fronts. Le taux d’humidité intérieure compte plus qu’on pense, puisque le chauffage l’hiver et la climatisation l’été retirent tous les deux de l’humidité de l’air ambiant. La Dre Ouellet-Decoste recommande un simple hygromètre à la maison et de garder les chambres un peu plus fraîches et humides la nuit, à la fois pour mieux dormir et pour atténuer la sécheresse. Un taux d’humidité intérieur entre 40 % et 50 % est un objectif raisonnable : suffisamment élevé pour éviter que les muqueuses (yeux, nez, bouche) ne se dessèchent, mais pas au point de favoriser la prolifération des acariens ou des moisissures.
Les oméga-3
On les suggère souvent pour les yeux secs en particulier, mais selon la Dre Ouellet-Decoste, les preuves à ce sujet sont vraiment mitigées et loin d’être tranchées, pas une solution prouvée. Ça peut valoir la peine d’essayer dans le cadre d’une approche plus large, avec des attentes réalistes sur la différence que ça peut faire à elle seule.
Pour la bouche sèche en particulier
La gomme ou les pastilles sans sucre, idéalement sucrées au xylitol (un substitut de sucre qui ne nourrit pas les bactéries responsables des caries), sont une façon simple de stimuler la salive tout en réduisant le risque de caries. Les aliments acides ou sûrs au goût, les agrumes en particulier, peuvent déclencher une hausse réelle et mesurable de la salive.13 Réduire l’alcool, la caféine et les aliments très épicés ou acides peut aussi diminuer l’irritation au quotidien une fois que votre bouche est déjà sèche et sensible.
L’hydratation et l’humidité sont des habitudes simples et sensées qui valent la peine d’être adoptées, peu importe l’ampleur de vos symptômes. Les changements alimentaires peuvent soutenir votre résilience générale, mais ils accompagnent le traitement, ils ne le remplacent pas, surtout si votre sécheresse dépasse le stade léger.
Traitements pour les yeux secs et la bouche sèche
Pour les yeux secs
Les gouttes lubrifiantes en vente libre (larmes artificielles) sont une option de départ raisonnable pour la plupart des femmes, et ça vaut la peine de les essayer de façon constante avant de présumer qu’il vous faut quelque chose de plus. Cependant, toutes les gouttes ne sont pas équivalentes. Certaines formules, notamment certains conservateurs, peuvent aggraver les irritations chez les personnes ayant les yeux sensibles. Il est donc préférable de demander conseil à un optométriste ou à un ophtalmologue pour savoir quel type de produit vous convient le mieux, plutôt que de choisir le premier produit sur la tablette. Les compresses chaudes peuvent aussi aider, surtout si la couche huileuse de vos larmes fait partie du problème. Si les gouttes lubrifiantes seules ne suffisent pas, c’est le bon moment pour consulter un ophtalmologiste et pour en parler avec votre équipe de soins de Coral afin de voir ce qui pourrait vous aider dans votre situation précise.
Pour la bouche sèche
Commencez par les bases mentionnées plus haut (gomme ou pastilles au xylitol, hydratation, réduction de l’alcool et des aliments très acides ou épicés), en plus d’un substitut de salive en vente libre si votre bouche est assez sèche pour nuire à l’alimentation ou au sommeil. Si ce n’est pas suffisant, il existe d’autres options à discuter avec un membre de l’équipe de soins de Coral ou votre dentiste, qui peut vous guider vers ce qui vous convient. Ça vaut aussi la peine de passer à un dentifrice à haute teneur en fluorure et d’éviter les rince-bouche à base d’alcool, deux gestes qui réduisent de façon notable le risque de caries dans une bouche plus sèche.
Quand c’est plus que « juste » les hormones
Très occasionnellement, une bouche sèche accompagnée de yeux secs peut pointer vers le syndrome de Sjögren plutôt que vers la ménopause. Une bouche continuellement sèche à elle seule peut aussi être un signe de variations de glycémie. Il est donc préférable de consulter votre professionnel de la santé plutôt que de supposer qu’il s’agit d’un problème hormonal.
Le traitement hormonal de la ménopause (THM) est une option que certaines femmes considèrent, avec leur équipe de soins, dans le cadre d’un plan plus large pour les symptômes de la ménopause, sécheresse incluse, même s’il n’est pas prescrit pour la sécheresse à elle seule et qu’il ne convient pas à tout le monde. Un membre de l’équipe de soins de Coral peut vous aider à réfléchir si l’hormonothérapie, des options non hormonales, ou une combinaison des deux a du sens pour votre situation dans son ensemble, selon votre propre historique de santé.
Vous n’avez pas à démêler ça toute seule
La sécheresse en ménopause se manifeste rarement à un seul endroit, et ce n’est pas quelque chose avec lequel il faut simplement vivre. Que vous le remarquiez dans vos yeux, votre bouche, votre peau ou ailleurs, c’est votre corps qui reflète un changement hormonal réel et bien documenté, pas une série de symptômes qui n’ont rien à voir entre eux. Un membre de l’équipe de soins de Coral peut vous aider à voir votre situation dans son ensemble et à déterminer ce qui pourrait vous aider, plutôt que de traiter un symptôme à la fois, de manière isolée.
Avertissement : Les informations fournies ici sont fournies uniquement à titre informatif uniquement. Elles ne constituent pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin ou votre prestataire de soins de santé pour déterminer ce qui convient le mieux à vos besoins de santé individuels.
Bien que nous utilisions le mot « femmes » par souci de simplicité, nous reconnaissons que la ménopause et la périménopause peuvent toucher des personnes de diverses identités de genre. Notre objectif est de soutenir toute personne qui vit ces changements.
Sources:
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- Ibid. ↩︎
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- Ciesielska, A. (2) ↩︎
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